Ecrit par Franck Magne, Mars 2023

Le Thérapeute Arborescens

Résumé

Le thérapeute Arborescens est un psychopraticien formé au sein d’Arborescens, héritier des approches humanistes, qui a appris à voir l’être humain dans sa complexité, et envisage une multiplicité de portes pour travailler avec lui…

1. Le métier de psychopraticien

Un psychopraticien (anciennement ‘psychothérapeute’, lire à ce sujet l’article (Magne, Les Enjeux de la Relation d’Aide, 2021) est un professionnel de la relation d’aide qui accompagne une ou plusieurs personnes, que l’on nomme clients ou patients, dans un processus de travail sur soi. Ce processus est notamment l’occasion de questionner ses représentations, son fonctionnement, et sa structure psychique et psychocorporelle.

Ce métier est basé sur un ensemble de compétences communes à l’ensemble des psychopraticiens :

  • Gestion du processus: le psychopraticien sait comment avancer avec la personne pour l’aider à « plonger » et aller à la rencontre d’elle-même, il trouve souvent les solutions avec la personne elle-même ;
  • Connaissance de la psychologie: le psychopraticien a une compréhension approfondie de la construction psychologique et somatique d’une personne, et de comment accompagner l’évolution de sa structure ;
  • Pratique de l’écoute: c’est un métier basé sur l’écoute de la personne et de sa problématique, où la relation (d’aide) est centrale ;
  • Travail avec l’inconscient : le psychopraticien est conscient que l’être humain a des comportements conscients, mais aussi des mécanismes inconscients, basés sur le matériel refoulé et/ou dissocié ;
  • Compréhension du transfert: le thérapeute a conscience que dans la relation thérapeutique se joue un certain nombre de transferts, de projections et d’identifications ; c’est dans ce creuset de la relation thérapeutique que s’effectue la rencontre, qui peut être à la fois guérissante et confrontante.

2. Qu’est-ce qu’un thérapeute Arborescens ?

Un thérapeute ou psychopraticien Arborescens, est un thérapeute psychocorporel formé au sein d’Arborescens. En sus du socle commun de compétences que nous venons de nommer, il a reçu un certain nombre d’enseignements ou de pratiques qui sont la raison d’être d’Arborescens, et que nous décrivons ci-dessous.

Un thérapeute Arborescens est un thérapeute de la complexité. Il a appris à voir l’être humain tel un phénomène complexe et dynamique. Il comprend qu’il peut travailler avec lui via de nombreuses portes : le corps, les sensations, les émotions, le mental, le spirituel, le relationnel, etc. et qu’aucune d’entre elles ne prévaut sur les autres. Elles sont toutes des facettes d’une même Présence fondamentale qui cherche à exprimer son amour dans un renouvellement permanent.

2.1.   Champ d’expérience corporel

Le thérapeute Arborescens sait se connecter à ses sensations corporelles, et sait identifier et nommer ses sensations & émotions. Il aide ses patients à développer cette compétence.

Être thérapeute psychocorporel n’est pas tant travailler sur le corps (cela peut arriver, du massage thérapeutique par exemple), que de travailler avec le corps, c’est-à-dire dans la conscience du vécu corporel. Ceci afin que le patient puisse réguler le processus en cours. Non seulement le travail thérapeutique psychocorporel aide à valider un nouveau fonctionnement, mais il aide à le câbler organiquement, c’est-à-dire l’intégrer dans le système nerveux. Car le thérapeute Arborescens place le Système Nerveux Autonome (SNA, ou système neuro-végétatif) au cœur du travail thérapeutique, avec l’idée qu’une thérapie consiste à recouvrer la capacité d’auto- régulation naturelle du SNA.

Enfant, je n’avais pas le droit d’exprimer ma colère et mon désaccord, car il était attendu que je sois un enfant gentil, soumis et agréable. Aujourd’hui, dans les situations de conflits, je n’écoute pas mon besoin naturel d’exprimer mon sentiment : je le cache. Suite à un travail avec un thérapeute psychocorporel, dans lequel je prends conscience de mes ressentis et besoins profonds, je peux apprendre à mettre mes limites lorsque j’en ai besoin, par exemple dire non à une demande de rendre service.

2.2.   Une pédagogie éducative positive

Inspiré notamment par Alice Miller ou Wilhelm Reich (voir livres (Miller, C’est Pour Ton Bien, 1984) & (Reich, 1999)), Arborescens conçoit les névroses comme étant en partie de constitution socio-éducatives. C’est-à-dire qu’elles résultent d’une pédagogie de la contrainte et de la soumission.

Le thérapeute Arborescens, imprégné d’une pédagogie positive, transmet et fait vivre dans la relation thérapeutique une vision de l’être humain basée sur l’autonomie et la confiance. La thérapie, en faisant évoluer les représentations éducatives (par exemple, la reconstruction de ‘bons parents’ intérieurs), permet ainsi de faire rayonner cette pédagogie à l’extérieur, avec son entourage, ses relations, ses engagements.

C’est pourquoi le thérapeute Arborescens porte des valeurs de confiance, de responsabilité et de respect, qui sont constitutives de sa posture de base.

La pédagogie de la contrainte et de la soumission, c’est demander à mon enfant de m’aimer et de renoncer à qui il est, en se soumettant à mon autorité. En tant que thérapeute, cela peut signifier d’exiger que mon patient obéisse à mon autorité. Le thérapeute Arborescens laisse son patient décider pour lui-même, et lui fait confiance pour faire du mieux qu’il peut, même si cela va à l’encontre de ses représentations.

2.3.   Champ d’expérience mental / psychologique

Un thérapeute Arborescens est formé dans l’esprit de la Psychologie Humaniste, c’est-à-dire qu’il :

  • se rattache à  une vision positive de l’être humain, c’est-à-dire que l’être humain est habité par une puissance de vie, qui sait naturellement se mettre en cohérence (« la Vie prend soin de la Vie ») ;
  • s’appuie sur la tendance innée de la personne à vouloir se réaliser ;
  • travaille avec un accompagnement non directif et sans projet, dans un cadre précis et avec des propositions concrètes de travail ;
  • ne considère pas le patient comme un ‘malade’, mais comme une personne, et travaille avec les ressources de cette personne ;
  • fait confiance à l’expression émotionnelle et non verbale de la personne.

Un patient, s’il a des symptômes dépressifs, n’est pas « un malade dépressif ». Ces symptômes sont l’expression indispensable qu’a trouvé le système nerveux devant un conflit, pour l’instant impossible à résoudre.

En plus de ces fondamentaux, il a les compétences suivantes :

  • Il connaît la psychogénèse (formation psychologique de l’être humain) et adhère à la théorie de l’être humain développée au sein d’Arborescens (Voir document réf. (Magne, Une Approche de l’Être Humain, 2023)) ;
  • Il sait accompagner un processus de travail psychologique, c’est-à-dire le questionnement des comportements et concepts ;
  • Il a des repères structurants en psychopathologie, c’est-à-dire :
    • Il sait adapter sa posture aux différentes pathologies (névroses, psychose, état limite…) qu’il rencontre
    • Il sait dire les limites de ses compétences, et orienter un patient vers un médecin en cas de besoin (décompensation, psychose, dépression mélancolique…)

Il est possible qu’une personne ne soit pas en état psychique de suivre un processus thérapeutique, c’est-à-dire de questionner sa structure sans se mettre gravement en danger. Il est alors du rôle du thérapeute de mettre une limite au travail, ou de travailler en alliance avec un médecin.

2.4.   Paradigme Relationnel

La relation joue un rôle central dans notre vie, et dans la constitution des névroses. Nous sommes des êtres de relation, et nous sommes « nés dans la relation, blessés dans la relation, et nous pouvons guérir dans la relation » (adage de la communauté Imago).

Ce travail relationnel est donc central dans le travail thérapeutique. Il est bouleversant de sentir pour la première fois qu’une personne m’écoute et me rencontre, profondément, à un endroit qui ne l’avait jamais été. Il s’agit pour le patient, d’apprendre à entrer en relation, de manière profonde et authentique, avec lui-même, avec l’autre et avec le monde. Il apprend à écouter, et à dialoguer.

Le thérapeute Arborescens est formé au travail relationnel, et contribue notamment au processus de différenciation et d’individuation de la personne. Car l’enjeu majeur de notre cheminement de vie est la différenciation, sortir des matrices dont nous sommes issus : maternelles, familiales, sociales, éducatives… Cesser de nous identifier et de nous enfermer dans ces matrices qui furent un jour protectrices, mais qui finissent par nous enfermer et nous empêcher de grandir.

Un patient explore et se questionne sur ce qu’il se passe pour lui dans une situation délicate. Le thérapeute Arborescens va l’accompagner à cet endroit sans jugement, en restant avec lui, en le rencontrant à cet endroit précis.

2.5.   La place de la Conscience

Le thérapeute Arborescens travaille avec la conscience dans toutes ses dimensions. Car la question de la conscience s’aborde de plusieurs manières :

2.5.1.  L’inconscient

Par définition, l’inconscient est ‘tout ce qui n’est pas conscient’. Il peut être issu des mémoires traumatiques refoulées, ou de l’ignorance qui construit une vision partielle de la réalité.

Le thérapeute Arborescens travaille avec l’idée de faire émerger ce qui n’est pas conscient, en questionnant notamment les représentations de la personne, et les biais exposés.

Mes parents étaient convaincus que le travail était la clef d’une vie bien réussie. Aujourd’hui, mes principales priorités sont axées sur le travail, et je délaisse les loisirs et la détente. Je critique les personnes qui prennent le temps de vivre. Cela est inconscient, c’est-à-dire méconnu de moi-même, maintenu caché à ma conscience, et pourtant bien actif dans ma vie.

2.5.2.  La Présence

Être conscient, c’est être présent ici et maintenant. Nous, êtres humains, fonctionnons avec un mental, siège des pensées, qui si nous n’y prenons garde, prend beaucoup de place, et parfois toute la place. Il nous dicte nos comportements et nos règles de survie, mais se situe rarement dans le temps présent. Il se réfère au passé (ce que j’aurais dû faire), ou au futur (ce qu’il faudra que je fasse).

Le thérapeute Arborescens aide la personne à revenir à elle-même, à habiter son monde intérieur, à sortir de l’identification au processus mental pour être entièrement présente à elle-même. Depuis ce présent, nous pouvons écouter nos sensations, émotions, et même nos pensées. Ce faisant, cela peut procurer une grande douceur et une grande paix. Cela nous libère également d’une dépendance à l’extérieur, en nous permettant de récupérer une liberté intérieure.

2.5.3.  La différenciation

Être conscient, c’est pouvoir m’observer. C’est pouvoir considérer mes blessures, mes peurs, comme étant une partie de moi et de mon histoire, sans m’identifier à elles. C’est sentir qu’il existe en moi un endroit plus libre, plus large, appelé la Conscience.

Le thérapeute Arborescens a appris ce travail de différenciation et sait accompagner les personnes dans cet esprit, notamment avec l’utilisation du Voice Dialogue.

Un évènement me rend triste. Avec ce travail de différenciation, je suis capable de voir la tristesse en moi, sans être complètement envahi par la tristesse. Je peux observer en moi que tristesse et d’autres émotions cohabitent, au même instant.

2.6.   Champ d’expérience spirituel

Le thérapeute Arborescens est conscient de la dimension spirituelle de l’être humain. Cette dimension, que nous n’assimilons pas au religieux, peut se vivre de manière laïque. Elle est un champ d’expérience à part entière de chaque être humain, dans sa relation intime et personnelle à un ‘plus grand que soi’. Il est conscient que la guérison psychologique n’est qu’une partie du travail thérapeutique, et que l’intégration de la dimension spirituelle fait également partie du chemin de guérison.

Il a la capacité à travailler avec son patient avec les notions de ‘plus grand que soi’ ou du Soi Jungien ou toute questionnement existentiel. Et cela sans s’enfermer ou enfermer la personne dans une croyance ou une représentation particulière.

3. Bibliographie

Boyesen, G. (1985). Entre psyché et soma. Payot.

Hendrix, H. (2016). Le Couple – mode d’emploi. IMAGO.

JORF. (2009). Article 52 de la loi n° 2004-806 du 9 août 2004. (Article 52 de la loi n° 2004-806 du 9 août 2004 modifié par l’article 91 de la loi n° 2009-879 du 21 juillet 2009).

JORF-0117. (2010). Décret n° 2010-534 du 20 mai 2010 relatif à l’usage du titre de psychothérapeute.

Magne, F. (2021). Les Enjeux de la Relation d’Aide. Arborescens.

Magne, F. (2023). Une Approche de l’Être Humain. Arborescens.

Miller, A. (1979). Le Drame de l’Enfant Doué. PUF.

Miller, A. (1984). C’est Pour Ton Bien. Aubier.

Miller, A. (2004). Notre corps ne ment jamais. Flammarion.

Reich, W. (1999). Ecoute, Petit Homme ! Payot.

Rogers, C. (2013). L’Approche Centrée sur la Personne. Ambre.

Rosenberg, M. (1999). Les mots sont des fenêtres, ou bien ce sont des murs. La Découverte.

Yalom, I. (2002). L’art de la thérapie. Poche.